91ºÚÁÏÍø

Entretien avec Rémi Bolduc

Lauréat du Prix d’excellence en enseignement 2025-2026, catégorie Temps plein

Félicitations au professeur Rémi Bolduc, lauréat du Prix d’excellence en enseignement 2025-2026 dans la catégorie Temps plein.

Saxophoniste, compositeur et enseignant de renom, le professeur Rémi Bolduc a occupé à plusieurs reprises le poste de coordonnateur de la section jazz à l’École de musique Schulich. Pilier de la scène jazz locale et internationale, il a enregistré douze albums, notamment dans le cadre d’un projet phare consacré à la légende montréalaise Oscar Peterson (2017). Il a également remporté de nombreux Prix Opus.

Depuis qu’il enseigne à l’Université 91ºÚÁÏÍø, Rémi Bolduc a profondément marqué les centaines de jeunes qui ont suivi ses cours d’improvisation jazz et de développement des compétences musicales. Les étudiants et étudiantes le décrivent en termes élogieux. L’un d’eux témoigne : « c’est un formidable professeur qui m’a inspiré tant par son éthique de travail rigoureuse que par son approche positive, son ouverture et ses encouragements ». Un autre souligne qu’« il enseigne à ses étudiants à aimer apprendre, à aborder leur métier avec humilité et à s’investir consciencieusement dans leur apprentissage ».

Lors de notre récente entrevue, nous avons discuté avec Rémi Bolduc des expériences qui l’ont façonné comme enseignant, et des milieux d’apprentissage vivants et stimulants qu’il crée pour les étudiants et étudiantes.


Comment vos expériences musicales et professionnelles influent-elles sur votre enseignement ?

Mon parcours musical et professionnel influence ma façon d’enseigner à bien des égards. Tout d’abord, je pense que notre objectif est d’accompagner les étudiants et étudiantes au-delà du simple contenu que nous enseignons. Avant tout, il faut être un modèle. Les étudiants apprennent beaucoup par observation : ils nous voient travailler, nous exercer, créer et rester actifs. Pour ma part, je travaille mon instrument régulièrement, je participe à des projets et je me produis sur scène. Je pense que ça aide les étudiants à comprendre à quoi ressemble réellement la vie d’un musicien professionnel.

J’insiste aussi souvent sur l’importance de l’attitude. Pour être un musicien accompli, il ne suffit pas de bien jouer. Il faut notamment être discipliné et ouvert d’esprit, faire preuve de professionnalisme et être capable de travailler en équipe. La collaboration occupe une grande place dans mon enseignement, et je fais souvent participer mes étudiants et étudiantes à de vrais projets musicaux.

Comme le jazz est une tradition orale, je pense que les étudiants doivent établir un lien entre leurs études et le monde réel en apprenant directement sur scène aux côtés de professionnels. Mon objectif est qu’ils découvrent le jazz non seulement comme un sujet d’étude, mais aussi comme une pratique vivante. C’est pourquoi j’embauche souvent des étudiants pour des concerts et des événements professionnels. Je veux qu’ils acquièrent une expérience concrète et reçoivent de la rétroaction directe.

En avril 2026, j’ai donné un concert au Balcon en trio avec deux étudiants des cycles supérieurs et j’ai présenté un autre spectacle avec deux étudiants de premier cycle. J’ai aussi enregistré mon dernier album avec Nick Semenykhin, un diplômé de l’École de musique Schulich qui a suivi mon cours d’études supérieures en improvisation il y a quelques années.

Pourriez-vous nous donner des exemples de méthodes pédagogiques novatrices ou originales que vous avez récemment utilisées et qui ont particulièrement plu à vos étudiants et étudiantes ?

Pour aider mes étudiants et étudiantes à sortir du cadre classique de la salle de cours, j’organise des séances d’improvisation collective hebdomadaires dans mon bureau. Je crée ainsi un espace interactif où ils et elles peuvent jouer, écouter et apprendre de manière plus naturelle.

Je leur parle aussi de l’importance de la transcription. Grâce à mes publications en ligne, beaucoup savent que j’ai transcrit un grand nombre de solos au fil des ans – probablement près d’un millier – à l’aide de différents outils, comme Transcribe, AnthemScore ou Logic Pro. Nous n’abordons pas directement ce sujet en cours, mais je pense que mes étudiants tirent un enseignement de cette pratique. Ils comprennent que la transcription reste pour moi une activité qui compte. En même temps, je sais très bien que tous les étudiants n’ont pas à se consacrer à cette activité dans la même mesure que moi. Mais je pense que, quelle qu’en soit la forme, le travail fait de façon sérieuse et intense aide le musicien à progresser.

Par ailleurs, l’un des aspects les plus importants de mon enseignement consiste à aider chaque personne à découvrir les points forts et les particularités qui caractérisent son jeu. La voix musicale de chaque étudiant et étudiante présente quelque chose d’unique, même si cette particularité n’apparaît que quelques secondes pendant une représentation. Une grande partie de mon travail d’enseignant consiste à aider mes étudiants à en prendre conscience. Je les encourage à s’enregistrer, à écouter leurs enregistrements, à repérer leurs meilleurs moments et à trouver les conditions dans lesquelles ils jouent le mieux : quelle pièce, à quel tempo et dans quel contexte musical. Ensuite, nous nous concentrons sur ces moments et essayons de les amplifier, afin que les étudiants aient cette même présence musicale plus souvent dans différentes situations. En d’autres mots, nous travaillons de l’intérieur vers l’extérieur.

Pour moi, le véritable objectif, c’est la constance : aider les étudiants et étudiantes à performer à leur plus haut niveau plus régulièrement. Plutôt que d’essayer de devenir quelqu’un d’autre, je les invite à se rendre compte de leurs points forts et à en tirer parti pour aller plus loin. Bien sûr, il leur faut aussi étudier la tradition en profondeur, comprendre ce qui a été fait avant eux et rester ouverts aux nouvelles idées et à ce que les jeunes générations de musiciens peuvent leur apporter. Voilà en gros ma conception de l’enseignement.

Qu’espérez-vous que vos étudiantes et étudiants retiennent de vos cours, sur les plans musical, professionnel ou personnel ?

Sur le plan musical, je souhaite que mes étudiants deviennent des musiciens très qualifiés et polyvalents, dotés d’un style qui leur est propre, mais aussi qu’ils s’inspirent de la tradition et s’intéressent aux artistes et aux idées d’aujourd’hui.

Sur le plan professionnel comme sur le plan personnel, j’espère qu’ils repartiront avec bien plus que de simples compétences musicales. Je souhaite qu’ils parviennent à trouver un équilibre dans leur vie et qu’ils voient plus clairement ce qu’ils veulent réellement faire. S’ils se destinent à une carrière d’interprète, je veux les aider à développer leurs compétences musicales, leur style personnel, mais aussi leur capacité à interagir avec les autres.

En cours, j’invite mes étudiants et étudiantes à faire preuve d’ouverture d’esprit et de bienveillance, quel que soit le niveau des autres musiciens. Parfois, ce sont les autres qui nous inspirent, et parfois, c’est nous qui sommes une source d’inspiration pour les autres. Les étudiants doivent bien comprendre que ces deux rôles sont importants. Lorsqu’une personne est très avancée, je veux qu’elle prenne conscience de l’influence qu’elle peut avoir sur l’ensemble de la classe. Si elle ne s’en rend pas compte, je lui en parle directement.

Idéalement, j’aimerais que mes étudiants et étudiantes terminent leur formation avec une attitude positive, un profond respect pour la musique et pour le métier, et un véritable désir de faire partie d’une communauté, à la fois pour servir de modèle et pour se laisser inspirer.

Racontez-nous un moment mémorable de votre carrière d’enseignant.

Je n’oublierai jamais le concert que j’ai donné à 91ºÚÁÏÍø en 2015 avec certains de mes étudiants. Nous avons remporté le Prix Opus du concert de l’année en musiques jazz et ç’a été un moment très marquant.

Plus généralement, ce que je trouve vraiment gratifiant dans mon métier d’enseignant est de voir nos diplômés réussir professionnellement. Au fil des ans, de nombreux étudiants sont passés par mon studio, et certains sont devenus de grands artistes, ou même des professeurs à l’Université 91ºÚÁÏÍø. C’est une immense source de fierté pour moi.

Je pense notamment aux saxophonistes Al McLean, Eric Hove, Alexandre Côté, David Bellemare, Bruno Lamarche, Samuel Blais, Claire Devlin, Billy Bouffard, Donny Kennedy, Christine Jensen, Annie Dominique et Yannick Coderre. Ils avaient d’autres enseignants à part moi, mais j’espère avoir joué un rôle dans leur cheminement. L’un des aspects les plus valorisants de mon travail est de constater que j’ai contribué d’une manière ou d’une autre au parcours de mes étudiants et étudiantes.

Quel conseil donneriez-vous à la personne que vous étiez au tout début de votre formation universitaire ?

D’abord, noue des liens avec des musiciens avec qui tu as des affinités. Commence dans un milieu où tu te sens à l’aise, puis élargis progressivement tes horizons et fais de nouvelles rencontres.

Si possible, participe à des séances d’improvisation collective à 91ºÚÁÏÍø et en dehors de l’Université. Même si tu ne te sens pas encore à l’aise de jouer, vas-y pour rencontrer des musiciens, discuter avec eux et te familiariser avec ton milieu musical. Ce genre d’expérience est un véritable atout pour un musicien ou une musicienne de jazz. Dans n’importe quelle ville, il est très important de créer des liens et de faire de la musique avec des gens.

Il y a une chose que j’aimerais vraiment souligner et que j’encourage les étudiants et étudiantes à faire, c’est d’aller écouter leurs professeurs jouer en concert. Je pense qu’il s’agit de l’un des moyens les plus directs d’apprendre, mais cette pratique est moins courante qu’avant. Il n’est pas rare que des étudiants n’aient jamais vu leurs professeurs se produire en spectacle. Quand j’en parle, ils me disent souvent qu’ils les ont écoutés sur YouTube. Mais, sur YouTube, on n’arrive pas à capter pleinement ce qu’un musicien transmet sur scène. Pour profiter au maximum de tout ce que leurs professeurs peuvent leur apporter, les étudiants et étudiantes devraient faire l’effort d’aller les voir en spectacle et de les rencontrer en dehors du cadre universitaire. En plus d’être une source d’inspiration, ces rencontres permettent de créer des liens. Au fil du temps, j’ai constaté que les musiciens qui le faisaient étaient souvent ceux qui persévéraient dans leur métier.

J’ajouterais aussi : ne te compare pas trop aux autres, surtout pas aux étudiants et étudiantes de troisième ou de quatrième année. Il est bien plus utile de te comparer à toi-même. Est-ce que tu m’améliores ? Est-ce que tu fais ce que tu dois faire ? Voilà ce qu’il faut te demander.

Je pense que l’une des choses les plus importantes est d’accepter son niveau du moment et de comprendre qu’on est en apprentissage toute la vie. Il y aura toujours des musiciens meilleurs que nous. Mais ça ne doit pas nous décourager. Moi, ça me motive. Je sais que je peux toujours faire mieux. L’essentiel est d’être conscient de sa réalité présente, d’accepter d’être en processus d’apprentissage et de toujours chercher à s’améliorer. Je pense que les étudiants et étudiantes ont tout à gagner en adoptant cette attitude.

Back to top