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Entretien avec Jack Kelly

Lauréat du Prix d’excellence en enseignement 2025-2026 dans la catégorie Temps partiel

Félicitations au professeur Jack Kelly, lauréat du Prix d’excellence en enseignement 2025-2026 dans la catégorie Temps partiel !

Depuis son arrivée à l’École de musique Schulich à titre de professeur adjoint en 2023, Jack Kelly (Ph. D. 2023, M. Mus. 2016) met à profit sa vaste expertise en recherche et son expérience d’ingénieur du son pour créer un milieu d’apprentissage stimulant et bienveillant pour les étudiantes et étudiants du programme d’enregistrement sonore et de technologie de la musique.

Quand il enseigne, Jack Kelly cherche avant tout à « décomposer les processus perceptifs et techniques complexes en étapes structurées et faciles à gérer ». Il complète cette approche par des activités pratiques, notamment des sorties pendant lesquelles les étudiantes et étudiants réalisent des séances d’enregistrement sur le terrain. Ses étudiants le décrivent comme un professeur exceptionnel qui offre à tous et à toutes un milieu d’apprentissage sain, bienveillant, inclusif et sécuritaire. Ils soulignent également qu’il les prépare bien au monde professionnel et leur permet de gagner en confiance, tant sur le plan des compétences techniques que dans leurs choix créatifs.

Cet entretien vous fera découvrir l’approche pédagogique de Jack Kelly, ses aspirations pour ses étudiantes et étudiants, et les liens qu’il a tissés entre la recherche et l’enseignement au fil de sa carrière.


Quelle a été l’influence de vos expériences musicales et professionnelles sur votre enseignement ?

Je me suis perfectionné sur le terrain, à titre d’ingénieur du son, et en passant de nombreuses heures en studio pour comprendre non seulement les caractéristiques des sons que j’entendais, mais aussi les mécanismes qui les produisaient. Cette expérience m’a appris qu’il existe une différence importante entre la maîtrise technique d’un concept et la capacité de l’entendre réellement. On peut lire un ouvrage sur les courbes de Fletcher et Munson ou la psychoacoustique, mais, pour reconnaître ces phénomènes dans des situations concrètes, il faut exercer suffisamment son oreille, ce qui exige du temps, de nombreux exercices et une attention soutenue. Mon approche pédagogique consiste essentiellement à aider les étudiantes et étudiants à combler cette lacune. Je leur fournis des cadres de référence et des occasions de s’exercer afin qu’ils acquièrent une véritable aisance perceptive plutôt qu’une simple connaissance théorique.

Pouvez-vous donner des exemples de méthodes d’enseignement novatrices ou peu courantes que vous avez utilisées récemment et qui ont plu à vos étudiantes et étudiants ?

L’une de mes approches consiste à amener les étudiantes et étudiants à concevoir eux-mêmes leurs outils. Dans un de mes cours, des personnes ayant peu d’expérience en programmation apprennent à créer, à partir de zéro, un module d’extension audio fonctionnel. Mon objectif n’est pas d’en faire des ingénieurs en logiciel, mais de les aider à comprendre ce qui guide les décisions, par exemple sur le fonctionnement d’un compresseur. Ils acquièrent ainsi une autre perspective sur la compression. Les outils cessent alors d’être des boîtes noires et deviennent des objets avec lesquels ils peuvent véritablement dialoguer. J’ai également intégré aux exercices d’écoute critique des outils de production musicale basés sur l’IA. Il ne s’agit pas de les adopter sans réserve, mais plutôt de les utiliser un peu comme un miroir. Quand les étudiants écoutent attentivement du contenu généré par l’IA et doivent expliquer ce qui fonctionne, ce qui manque et l’importance d’une telle analyse, ils sont amenés à préciser ce qu’ils valorisent réellement dans le savoir-faire musical et l’intention artistique. Cette activité a donné lieu à des échanges particulièrement riches et féconds.

Qu’espérez-vous que vos étudiantes et étudiants retiennent de vos cours, sur les plans musical, professionnel ou personnel ?

J’espère qu’ils en retireront une relation avec leur propre capacité d’écoute qui ne dépend ni d’un outil particulier ni de l’immutabilité de l’industrie musicale. Ils s’apprêtent à faire leur entrée dans un domaine caractérisé par l’incertitude, et je ne leur rendrais pas service en prétendant le contraire. Ce que je peux leur transmettre, c’est plus durable que la maîtrise d’un logiciel : la capacité d’écouter attentivement, d’exercer leur jugement critique et d’expliquer pourquoi une approche fonctionne ou non. Mais j’espère aussi qu’ils quitteront mes cours avec le sentiment d’être des praticiennes et praticiens attentionnés, qui prennent leur métier au sérieux et s’intéressent aux dimensions physiques et psychologiques du son. C’est, à mon avis, une façon enrichissante d’aborder le monde, peu importe ce à quoi ressemblera l’industrie dans dix ans. Je crois que les étudiants qui trouveront leur place seront ceux qui auront intégré cette façon de voir les choses, et non ceux qui auront simplement accumulé des diplômes.

Quel conseil donneriez-vous à la personne que vous étiez à votre arrivée à l’université ?

Je lui dirais de consacrer moins de temps à essayer de déterminer ce qu’elle est censée devenir et davantage de temps à perfectionner ses compétences dans les domaines qui la passionnent réellement. Au début de mon parcours, j’ai investi beaucoup d’énergie à peaufiner mon image et à me demander si je correspondais au profil attendu ou si j’étais sur la bonne voie. J’aurais plutôt gagné à me concentrer davantage sur le travail lui-même. L’expertise qui s’est révélée la plus précieuse est née de la curiosité, d’une volonté de poursuivre l’exploration d’un sujet au-delà du point où cette exploration devient plus difficile ou moins pratique.

J’ajouterais aussi ceci : apprenez à écouter avant d’essayer de corriger. Ce conseil vaut pour le travail audio, mais aussi pour bien d’autres aspects de la vie !

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