91şÚÁĎÍř

Étudier l’effet du numérique sur les jeunes : gare au fossé générationnel!

Psychiatre et professeur adjoint au DĂ©partement de psychiatrie de l’UniversitĂ© 91şÚÁĎÍř, le Dr Vincent Paquin se trouve au cĹ“ur d’un enjeu contemporain : comment le numĂ©rique façonne la santĂ© mentale des jeunes.
Image by Alex Tran.

« Quelles sont, selon vous, les bonnes questions qu’un clinicien devrait vous poser? » Cette question, adressée directement aux jeunes, a été le point de départ des recherches du Dr Vincent Paquin, M. Sc. 2025, Ph.D. L’objectif : mieux saisir les effets du numérique sur la jeunesse et éliminer le décalage générationnel.

De cette démarche inusitée sont nées des recommandations concrètes, conçues à partir de centaines de suggestions des jeunes eux-mêmes. L’outil qui en découle a déjà été présenté à des organismes communautaires, des équipes de recherche, des cliniciens et cliniciennes et des autorités politiques de plusieurs pays. Il permet de créer un lien de confiance, de mieux comprendre le rapport des jeunes générations au numérique et de mieux cibler les interventions.

Car nos réponses ne sont pas toujours les bonnes. « Pendant trop longtemps, nous avons misé sur le temps d’écran. Mais ce n’est pas le temps qui compte le plus, c’est le type d’usage », explique le psychiatre. « Ce n’est qu’en comprenant le type d’usage, le contenu consommé et le contexte personnel qu’on peut élaborer des politiques publiques ou des interventions communautaires et cliniques efficaces. »

Sur le terrain, il le constate tous les jours. À l’Hôpital général juif, où il travaille en intervention précoce pour la psychose auprès des 16 à 35 ans – un domaine où le Québec est chef de file –, il accompagne des jeunes pour qui le numérique occupe une importante part de leur vie.

Et ce qu’il observe bouleverse des idées reçues.

Entre dangers et bénéfices

En citant le cas de nouveaux arrivants ou de membres de la communauté LGBTQ+, le Dr Paquin affirme que « certains jeunes utilisent les réseaux sociaux pour maintenir des liens avec leur pays d’origine ou mieux comprendre leur pays d’accueil, ou encore pour s’exprimer et obtenir de l’information ou pour trouver du soutien. Ignorer ces bénéfices peut mener à un encadrement mal adapté, voire injuste. »

Mais le portrait n’est pas toujours rassurant.

« Les plateformes numériques évoluent et s’éloignent de leur vocation sociale. Leurs algorithmes nous entraînent vers des contenus provocateurs et anxiogènes, sélectionnés pour maximiser l’engagement », note-t-il. « Et c’est encore pire aujourd’hui avec l’infiltration de l’intelligence artificielle (IA) dans les médias sociaux, qui facilite la diffusion de la désinformation et des contenus polarisants. »

Entre science et création

Le psychiatre-chercheur a connu un parcours très créatif. Originaire de Trois-Rivières, Vincent Paquin découvre tôt l’informatique… et la musique. Adolescent, il programme et participe à des Expo-sciences. « Le numérique m’a toujours été un terrain de jeu, d’apprentissage et de création. » Il compose et a joué dans un groupe qui a fait la première partie d’Avec pas d’casque!

La médecine s’impose par la suite. C’est la psychiatrie qui l’attire, pour une raison précise. « Ce qui m’a accroché, c’est le récit de vie; c’est ce qui permet de comprendre la personne. »

FormĂ© Ă  l’UniversitĂ© Laval, puis Ă  91şÚÁĎÍř pour sa rĂ©sidence et sa maĂ®trise en recherche, il obtient un doctorat Ă  l’UniversitĂ© de Maastricht, aux Pays-Bas, en se spĂ©cialisant sur le lien entre mĂ©dias numĂ©riques et troubles psychotiques.

Entre discrétion et affirmation

Si la recherche se fait loin des projecteurs, les médias sollicitent régulièrement l’expertise du Dr Paquin pour commenter l’actualité : bannissement des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, ou encore, effets de l’IA et des jeux vidéo chez les moins de 13 ans.

Au fond, ce qui motive Vincent Paquin dépasse la recherche. « Ce qui compte le plus, c’est de réaliser des changements concrets pour soutenir l’épanouissement des jeunes. » Sa démarche en est la preuve. En intégrant leur voix dès le départ, il contribue à réduire un décalage bien réel, celui entre ceux qui vivent le numérique et ceux qui tentent de l’encadrer.

Lire l'article en anglais : Studying how digital technology affects youth? Mind the generational gap!

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