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Entrevue avec le Dr Gorka Espiau, titulaire de la Chaire Elbira-Zipitria (2026-2027) de l'Etxepare Basque Institute

±ĘłÜ˛ú±ôľ±Ă©: 28 July 2026

Portrait du Dr Gorka Espiau, souriant et adossé à une colonne.

Thème : Vision d’ensemble et parcours intellectuel

On décrit souvent votre travail comme un pont entre la pratique et la théorie, ce que certains appellent une approche « pratico-académique » (pracademic). Comment cette façon de penser s’est-elle développée dans votre parcours?

Mon travail s’est concentré sur la résolution de défis sociaux complexes (la construction de la paix et les transitions socioéconomiques territorialisées), mais toujours dans une perspective pratique. À mon avis, les connaissances les plus utiles et les plus novatrices émergent de la recherche collective de solutions à des problèmes réels, dont personne ne connaît encore la réponse.

Vos travaux prennent souvent le Pays basque comme une sorte de laboratoire vivant. Qu’est-ce qui en fait un contexte si pertinent pour réfléchir à la gouvernance et à la transformation sociale?

L’expérience basque nous montre qu’il est possible d’opérer des changements systémiques en peu de temps sans générer de fortes inégalités. Dans un monde où la plupart des pays et des régions cherchent des modèles d’innovation inclusive, le cas basque offre à la fois des données probantes et un espoir tangible démontrant que ce type de transformation est possible.

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Thème : Gouvernance, innovation et action collective

Au sein de l’Agirre Lehendakaria Center, la co-création occupe une place centrale. À quoi ressemble concrètement une collaboration significative entre les institutions et les citoyens?

Ces formes de collaboration sont encore trop souvent envisagées de manière superficielle ou transactionnelle. Les démarches participatives se limitent fréquemment à recueillir des commentaires sur des décisions déjà élaborées par des experts ou à atténuer les critiques au moyen de quelques concessions. Or, les grands défis sociaux auxquels nous faisons face, tels que les inégalités, l’urgence climatique ou le vieillissement de la population, exigent un changement d’approche qui place durablement cette collaboration au cœur de l’action institutionnelle. Il s’agit avant tout d’un changement culturel comportant de nombreuses implications opérationnelles. Apprendre à construire un nouveau type de relation intégrant les outils numériques constitue le cœur de notre travail.

La collaboration semble idéale, mais elle peut aussi être lente et complexe. Comment convaincre les institutions d’adopter ce type d’expérimentation?

Ces processus sont effectivement plus lents au départ, mais ils produisent à terme des impacts plus profonds. La seule manière de démontrer leur valeur et leur viabilité consiste à obtenir rapidement des résultats concrets qui permettent ensuite d’acquérir le temps nécessaire pour apprendre à travailler autrement.

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Thème : Conflit, identité et cohésion sociale

Vous avez beaucoup écrit sur les processus de paix, notamment dans le contexte basque. Quelles leçons de ces expériences résonnent le plus dans les sociétés polarisées d’aujourd’hui?

Répondre à des défis sociaux complexes implique également de développer de nouvelles infrastructures de gestion des conflits et de consolidation de la paix. La polarisation croissante du débat public nous oblige à comprendre une même réalité à partir de perspectives différentes, à créer des espaces sûrs de délibération et à tester diverses solutions avant de prendre des décisions stratégiques, même lorsque ces solutions semblent contradictoires.

Dans les contextes où la confiance s’est érodée, quelles sont les premières étapes pour reconstruire des relations significatives entre les citoyens et les institutions publiques?

La première étape consiste toujours à faire émerger les différentes perceptions qui coexistent à propos d’une même réalité. C’est ce que nous appelons le processus d’écoute. Plutôt que de chercher à convaincre les autres de nos positions, nous apprenons à écouter sans jugement. C’est la partie la plus difficile de tout processus d’innovation. Une fois ces récits identifiés, nous pouvons entreprendre un travail de mise en sens collective et construire des portefeuilles d’expérimentations permettant de relier les enjeux autour desquels un consensus émergent se dessine.

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Thème : Méthode et pratique (Approche de l’ALC)

L’Agirre Center a développé une méthodologie distinctive qui combine données, récits et travail de terrain. Quels en sont les principes fondamentaux?

L’écoute approfondie, en temps réel, d’un grand volume de voix citoyennes exige de nouveaux outils numériques. À l’Agirre Center, nous développons des environnements collaboratifs capables d’identifier automatiquement les parties prenantes et les projets pertinents autour d’un enjeu donné, d’utiliser des agents conversationnels pour élargir la participation et de mobiliser l’intelligence artificielle afin de proposer de nouvelles initiatives collaboratives qui peuvent ensuite être suivies et évaluées en temps réel.

Votre travail associe le récit et l’analyse de données, deux formes de connaissance souvent séparées. Pourquoi est-il important de les réunir?

La collecte et l’analyse de données, lorsqu’elles ne s’accompagnent pas de récits permettant d’en expliquer le sens, présentent d’importantes limites lorsqu’il s’agit de mobiliser l’ensemble des acteurs appelés à collaborer à la transformation d’un défi social complexe. Les récits permettent de relier les données scientifiques aux connaissances issues de l’expérience humaine.

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Thème : SĂ©jour Ă  MontrĂ©al, au QuĂ©bec et Ă  91şÚÁĎÍř

En tant que titulaire de la Chaire Elbira Zipitria Ă  91şÚÁĎÍř, quels liens voyez-vous entre l’expĂ©rience basque et les enjeux propres au QuĂ©bec?

La collaboration entre le Québec et le Pays basque est à la fois fascinante et nécessaire dans de nombreux domaines. Les questions culturelles ont historiquement constitué le principal terrain de coopération, mais je crois que nous devons désormais travailler ensemble sur la manière dont les petites nations peuvent élaborer leurs propres solutions dans un monde globalisé. Plus précisément, la position du Québec comme laboratoire de pointe dans le domaine de l’intelligence artificielle, combinée à son engagement envers les enjeux sociaux, et l’expérience basque en matière de transformation socioéconomique et culturelle offrent les bases nécessaires à la création d’un laboratoire vivant transnational pouvant être partagé avec d’autres petites nations.

Montréal est une ville profondément plurielle et multilingue. Quelles possibilités y voyez-vous pour expérimenter la gouvernance collaborative?

La gouvernance collaborative prend tout son sens dans un contexte de pluralité et de diversité. Nous devons apprendre à prendre des décisions et à soutenir des processus d’apprentissage qui ne reposent pas exclusivement sur l’expertise. Affirmer cela dans un milieu universitaire peut être difficile, mais les données scientifiques montrent clairement que les modèles actuels de gouvernance sont incapables de répondre aux problèmes complexes et qu’aucun progrès significatif n’est possible sans que la voix de la communauté ne joue un rôle central.

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Réflexion personnelle

Après avoir travaillé sur des défis sociétaux complexes dans différents contextes, qu’est-ce qui continue à vous donner espoir? Et, plus légèrement, qu’avez-vous particulièrement hâte de (re)découvrir à Montréal?

Montréal représente l’un des meilleurs exemples au monde de la façon dont une grande ville peut montrer la voie en matière d’innovation inclusive. Je suis particulièrement intéressé par les nouvelles infrastructures numériques qui soutiennent les approches collaboratives permettant d’aborder les grands défis sociaux de la ville. En même temps, j’espère retrouver les nombreux amis que je me suis faits durant mon passage comme professeur praticien au CRIEM et retourner diner dans une institution montréalaise comme L’Express.

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